samedi 15 août 2026

Le duel

 

Le duel

Fialyne Hafida Olivès

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Image de couverture : https://pixabay.com/fr/


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Le duel

Cette histoire se déroule dans un coin perdu de notre planète, là où tout fonctionnait selon la force des hommes, ce qui faisait monter d’un cran l’estime de soi pour chacun. Ils n’allaient pas de mains mortes avec les autres. Ils blessaient ou tuaient tous ceux qui se mesuraient à eux. Dans cette contrée la justice se plaçait toujours du côté des plus puissants riches et forts.

 

Leurs épouses qui se montraient dans le froufrou de leurs longues robes en soie ou en dentelle, avaient toutes les cheveux dorés en boucles qui tombaient en cascade sur leurs dos avec des yeux tracés au crayon noir et une ombrelle pendue à leurs bras. Ces dernières ne se privaient jamais de placoter ici et là.

Quand elles se rendaient dans ces fameux saloons dits western, elles vantaient leurs maris et souvent, leurs discours plein de jactances déplaisaient mais personne ne pouvait les arrêter par peur de représailles.

 

Qui ne les entendait pas en passant ? Les portes des saloons n’étaient pas hautes et avaient des battants qui allaient et venaient sans cesse dégageant à chaque mouvement l’odeur de l’alcool emprisonnée dans un nuage de fumée suivi de discours bruyants de fanfarons imposant leur présence.

 

Parmi ces gens-là, vivait un griot. Il était celui qui savait parler à tout le monde, sage, amusant et souvent sollicité pour remplir leur temps. Tout le monde le respectait.

 

Mais un jour alors qu’il revenait d’une fête voisine, il fut surpris par le silence solennel qui régnait dans sa ville. Il n’entendait plus que le vent qui frôlait sa peau frissonnante. Une voix au fond de lui-même lui sommait de se cacher si bien qu’il se dissimula derrière l’un de ces nombreux rochers qui bordaient le chemin. au-delà, il pouvait tout voir sans être repéré.

 

Il se mit à regarder en retenant son souffle épiant chaque mouvement quand il aperçut un grand homme au centre de la place. Il avait le teint brun, le nez aquilin et des yeux noirs qui ne laissaient déceler aucun sentiment. Un chapeau noir et bien rond cachait une partie de son front large. Il portait un sombre costume décoré avec des galons mexicains. Il avançait doucement après avoir laissé son cheval près d’un rocher. Le lieu était absolument désertique, seules quelques maisonnettes, toutes blanches apparaissaient de loin en loin. Il semblait bien seul, nageant dans un effroyable vide quand un homme en veste en daim, le regard froid et méchant sortit de l’une d’elles. Il pointa son fusil en direction de l’homme au chapeau et lui dit d’un ton ferme jetant à ses pieds une chaîne en or :

 

— Ohé vieux, lui dit-il d’un accent américain. Tu as quelques secondes pour ramasser la chaîne et dégainer pour me tuer avant que je ne te tue. Imperturbable, immuable, inébranlable, l’homme au chapeau se retourna faisant face à son interlocuteur.

Il le regarda d’un air aussi glacial jetant un regard furtif à la montre qu’il tenait dans l’autre main et mise exprès à sa vue. L’homme au chapeau avait vite reconnu l’objet. C’était sa montre musicale de poche :

 

— Dès la fin de la musique tu agis, lui répéta-t-il froidement ! Ils étaient comme deux coqs qui se tenaient tête.

 

C’est alors que soudainement apparut, une troisième personne, un jeune homme, agile et beau, pointant également son fusil sur celui à la veste en daim. Il susurra à l’homme au chapeau de ramasser la chaîne sans crainte. Ce dernier malgré son air confiant et rassuré garda quand même la main tout près de la poche de son pantalon, là où se trouvait son arme.

À peine avait-il baissé la tête, que l’homme à la veste en daim usa de son arme en tirant un coup lequel fut précédé à la vitesse de lumière par un tir du jeune homme qui le descendit raide sur le sol.

Les deux hommes se regardèrent. Le silence n’est pas bavard entre le père et le fils qui se comprenaient au moindre geste. Ainsi le père récupéra sa montre qui contenait une photo chère au cœur de la famille, pour l’un la fille et pour l’autre la sœur.

 

Quel moment crucial ce fut, la devise étant celle des gens durs, se défendre en tuant, prendre en tuant, s’enrichir en tuant les plus faibles, récupérer ses biens en tuant. Lui, n’était pas né d’un père usant d’un bagou. Il avait été formé pour devenir fort, dur, insensible, silencieux et un bon tireur.

 

Ainsi le fils fit demi-tour laissant son père et alla faire le compte de son exploit sur la contrée, un tas de corps qu’il avait entassés au fond de sa caisse gisaient morts. Truculent, il était très fier de lui-même. Cependant, il semblait manquer quelque chose à son compte quand on entendit un tir.

 

C’était le griot, ce très volubile qui voulait prendre la fuite pour sauver d’abord sa peau et pour ensuite aller vite raconter la scène, en faire un conte ou une histoire ou même une chanson pour divertir son auditoire. Malheureusement pour lui, à peine avait-il bougé qu’il fut abattu aussi rapidement que le précédent.

Il faut dire qu’on ne badine pas avec les truands. Ils finissent toujours les plus forts, bien sûr comme tous les héros des films western.

 

Fialyne

Hafida Olivès